exposition en cours

LA MÉDIATHÈQUE DE GRASSE, prix de l'Équerre d'argent 2022

du 29 septembre au 26 novembre 2023  
 
Entrée libre - vernissage le 29 septembre à 18h30  
 
Commissariat : Joseph Abram  
Scénographie : Béatrice Laville  
Photographies : Fernando Guerra et Laurent Beaudouin  
Maquettes : Ivry Serres  
Montage : Valentin Wattier  
 
Exposition réalisée en partenariat avec la ville de Grasse et l’École Nationale Supérieure d’Architecture de Nancy.  

exposition en cours
Photo Fernando Guerra

 
Située au coeur de la ville de Grasse, la médiathèque Charles Nègre réalisée par Emmanuelle et Laurent Beaudouin, Ivry Serres, Aurélie Husson (architectes) et Jean-Marc Weill (ingénieur) met à contribution la longue expérience de l’équipe en matière d’insertion urbaine pour encastrer ses sept plateaux de béton dans le tissu de l’ancienne cité méditerranéenne. Elle s’inspire de la morphologie du centre historique pour en prolonger, au-dedans, l’espace et les cheminements. Le mode de raccordement de ce grand équipement au dédale des ruelles et des places qui s’enchevêtrent sur la colline urbanisée est un véritable travail d’orfèvre que révèle techniquement la complexité des plans et des coupes. Jacques Lucan, président du jury de l’Équerre d’Argent, a salué le projet comme une leçon d’architecture. Gilles Perraudin en a souligné la beauté ambivalente, « à la fois étrange, par sa puissante présence dans la ville, et paisible dans l’harmonie lumineuse des espaces intérieurs ».  

L’édifice tire parti de la segmentation du programme pour autonomiser certaines fonctions en les raccordant aux strates de leur environnement bâti par des percées visuelles et des entrées indépendantes. Positionnés au bas du terrain, l’auditorium et l’espace d’exposition disposent d’un accés et d’un foyer communs en liaison directe avec une place voisine. La bibliothèque, qui occupe les plateaux supérieurs, bénéficie de l’entrée principale du bâtiment marquée par un fort encorbellement sur un parvis agrémenté d’un miroir d’eau. Du hall d’accueil, on accède aux salles de lecture que baigne une lumière douce filtrée par le défilement régulier des colonnettes à l’avant des façades de verre.  

Les planchers de béton de la bibliothèque survolent un réservoir massif qui alimente la ville en eau. Cet obstacle volumineux est absorbé dans la stratification interne du projet grâce à un dispositif structurel constitué de longues poutres-voûtes en béton. Ce système constructif (dont on trouve l’origine chez Louis Kahn) participe pleinement à la définition formelle de l’édifice et contribue par son échelle cyclopéenne à l’identité tectonique du projet. Il exprime, physiquement et sémantiquement, l’élargissement du tissu ancien auquel il apporte une respiration spatiale et lumineuse. Un second dispositif le complète, qui permet de produire par la répétition d’un même élément (une fine colonnette de béton fabriquée en série) un immense claustra qui enveloppe, comme un rideau de « lumière-matière », l’empilement des plateaux. Le volume diaphane qui en résulte définit sur son pourtour (selon que ses parois se rapprochent ou s’écartent du bâti voisin) des passages, des rampes, des terrasses...  

Dans ce projet, la référence à la voûte et au claustra reprend le langage traditionnel de l’architecture méditerranéenne, mais en le transfigurant au travers d’éléments pragmatiques voués à l’édification. Cette attention à la culture vernaculaire revêt une signification particulière pour une équipe restée fidèle au « régionalisme critique » défini par Kenneth Frampton, en écho aux écrits de Paul Ricoeur, comme une synthèse originale, au sein de la culture contemporaine, entre l'universel et le territorial. La médiathèque s’inscrit avec élégance dans le conglomérat de couleurs et de matières qui caractérise le centre historique de Grasse. Elle procède d’une démarche raisonnée où la construction joue un rôle déterminant dans la gestion simultanée des contraintes programmatiques, sismiques et patrimoniales. Le bâtiment, fondé sur pieux, répond par sa structure performante et par son enveloppe répétitive, à la diversité des situations rencontrées. Son volume intérieur, où les espaces s’enchainent librement, procède d’un schéma statique rigoureux que Jean-Marc Weill réfère (en raison de la stratégie déployée pour symétriser les contreventements au séisme sans figer le plan) à la célèbre maison sur la cascade de Wright.  
 
Joseph Abram  
 
 
 
Médiathèque de Grasse  

Maître d’ouvrage : Ville De Grasse  
Surface : 4423 m2  
Coût : 12 900 000 € HT  
Architectes : Ivry Serres Architecture, Emmanuelle Beaudouin, Laurent Beaudouin, Aurélie Husson  
Architectes assistants pour l’atelier Beaudouin : Charles Signe, René Maury, Yuning Song, Raphael Cayre, Christophe Thierry, Noémie Gaineau, Jonathan Coppa, Nazim Belblidia, Nelly Schwarts. Pour Ivry Serres Architecture : Benjamin Vassia, Hugo Marquet. 
Ingénieur : Jean-Marc Weill